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The Architecture of Uncertainty

by Alana Ford

WRITTEN FOR

Longitudes: Association internationale des auditeurs Monde de l’IHEDN 

Written in English. Translated version in French included below.

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One of the most intriguing comments at the recent 2026 Indian Ocean Defence and Security Conference in Perth, Western Australia, came from Dr Dino Patti Djalal, Founder and Chairman of the Foreign Policy Community of Indonesia. When asked about strengthening regional security, Djalal said that Indonesia hopes Australia is ‘telling the Trump administration what it needs to hear’.

As strategic uncertainty solidifies as the new normal and established institutions struggle to adapt, regional states are increasingly searching for practical ways to shape outcomes rather than simply respond to them. That theme surfaced repeatedly throughout discussions in Perth, from defence industrial cooperation and supply chain resilience, to maritime security and strategic autonomy. Beneath these conversations sat a larger question:

 

How can countries continue to cooperate and advance their interests regardless of what great powers do?

Djalal's comment deserves closer attention. At first glance, it appeared to be about Australia's relationship with the United States. In reality, it reflected a deeper question about strategic agency in this era of uncertainty.

For decades, Australia's alliance with the US has been viewed through different lenses. Supporters have argued that Australia's influence derives in part from being a trusted ally with access to decision-makers in Washington. Others, including many regional observers, have often questioned whether that same closeness constrains Australia's strategic independence. Djalal's observation suggests that the strategic environment is forcing a more nuanced view.

 

Australia's value to the region does not stem from choosing between Washington and its neighbours. It stems from its ability to maintain credibility with both.

While respecting the strategic autonomy of its neighbours and not speaking on any other country's behalf, regional partners hope that Australia exercises independent judgement and is willing to communicate difficult truths when necessary. The strength of Australia's alliance with the US provides access. Australia's practical relationships across Southeast Asia and broader region provide perspective. Its influence depends on retaining both.

Maintaining that balance is becoming harder. Across many allied democracies, debates over strategic autonomy, alliance management and national interest are intensifying. Australia is no exception. Yet Djalal suggest that some regional partners see Australia as uniquely positioned to bridge conversations that others cannot. Not because it can determine American policy, but because it remains both a trusted US ally and a reliable regional partner.

The significance of this extends beyond Australia. When great powers become distracted, contested or inward-looking, regional actors have greater incentive to build resilience, deepen partnerships and shape outcomes for themselves.

This theme emerged repeatedly throughout discussions in Perth. Indonesian representatives spoke not only of a "free and open" Indo-Pacific, but of one grounded in cooperation and trust. Others emphasised resilience, defence industrial cooperation and practical middle power collaboration as the foundations of regional security. The common thread was a recognition that existing arrangements are not sufficient for the challenges ahead.

This is prompting a broader search for new forms of regional architecture. Discussions around closer multilateral cooperation between countries such as India, Indonesia and Australia reflect a growing recognition that the region cannot rely solely on frameworks designed for a different strategic environment.

We have moved beyond any debate over whether the international order is changing, and must now focus on whether institutions and partnerships can adapt and keep pace.

Time may be the most important variable. As Australia's Shadow Defence Minister James Paterson noted during the conference, the only resource in defence more scarce than money is time. The observation applies equally to strategy. Building trust, institutions and habits of cooperation takes years, whereas strategic shocks can unfold in weeks or months.

The most important question facing the Indo-Pacific now is what comes next. Regional states increasingly recognise that they cannot wait for certainty before acting. The future architecture of the Indo-Pacific will be shaped by those willing to build practical cooperation now, not by those waiting for strategic conditions to improve.

L’une des remarques les plus intéressantes de la récente Conférence sur la défense et la sécurité de l’océan Indien 2026, qui s’est tenue à Perth, en Australie-Occidentale, est venue du Dr Dino Patti Djalal, fondateur et président de la Communauté de politique étrangère d’Indonésie. Interrogé sur le renforcement de la sécurité régionale, M. Djalal a déclaré que l’Indonésie espérait que l’Australie « dise à l’administration Trump ce qu’elle a besoin d’entendre ». 

Alors que l’incertitude stratégique s’accentue, que la nouvelle normalité et les institutions établies peinent à s’adapter, les États de la région recherchent de plus en plus des moyens concrets d’influencer le cours des événements plutôt que de simplement y réagir. Ce thème est revenu à maintes reprises lors des discussions à Perth, abordant des sujets tels que la coopération industrielle en matière de défense, la résilience des chaînes d’approvisionnement, la sécurité maritime et l’autonomie stratégique. Derrière ces échanges se cachait une question plus vaste : comment les pays peuvent-ils continuer à coopérer et à promouvoir leurs intérêts, quelles que soient les actions des grandes puissances? 

La remarque de M. Djalal mérite une analyse plus approfondie. À première vue, elle semblait concerner la relation entre l’Australie et les États Unis. En réalité, elle soulevait une question plus profonde sur le rôle stratégique des acteurs dans cette ère d’incertitude. Depuis des décennies, l’alliance de l’Australie avec les États-Unis est perçue sous différents angles. Ses partisans affirment que l’influence australienne découle en partie de son statut d’allié de confiance, lui permettant d’accéder aux décideurs à Washington. D’autres, notamment de nombreux observateurs régionaux, se demandent souvent si cette même proximité ne limite pas l’indépendance stratégique de l’Australie. 

L’observation de Djalal suggère que le contexte stratégique actuel impose une vision plus nuancée. La valeur de l’Australie pour la région ne réside pas dans un choix entre Washington et ses voisins, mais dans sa capacité à maintenir sa crédibilité auprès des deux. 

Tout en respectant l’autonomie stratégique de ses voisins et en s’abstenant de parler au nom d’un autre pays, les partenaires régionaux espèrent que l’Australie fera preuve de discernement et sera disposée à communiquer les vérités difficiles lorsque cela s’avèrera nécessaire. La solidité de son alliance avec les États-Unis lui assure cet accès. Ses relations concrètes en Asie du Sud-Est et dans la région au sens large lui offrent une perspective globale. Son influence dépend du maintien de ces deux atouts. 

Maintenir cet équilibre est de plus en plus difficile. Dans de nombreuses démocraties alliées, les débats sur l’autonomie stratégique, la gestion des alliances et les intérêts nationaux s’intensifient. L’Australie ne fait pas exception. Pourtant, Djalal suggère que certains partenaires régionaux considèrent l’Australie comme particulièrement bien placée pour faciliter des échanges que d’autres ne peuvent mener. Non pas parce qu’elle peut influencer la politique américaine, mais parce qu’elle demeure un allié de confiance des États Unis et un partenaire régional fiable. 

La portée de cette situation dépasse le cadre australien. Lorsque les grandes puissances sont distraites, contestées ou repliées sur elles-mêmes, les acteurs régionaux sont davantage incités à renforcer leur résilience, à approfondir leurs partenariats et à façonner leur propre avenir. Ce thème est revenu à maintes reprises lors des discussions à Perth. Les représentants indonésiens ont évoqué non seulement un Indo-Pacifique « libre et ouvert », mais aussi un Indo-Pacifique fondé sur la coopération et la confiance. D’autres ont insisté sur la résilience, la coopération industrielle de défense et la collaboration concrète entre puissances moyennes comme fondements de la sécurité régionale. Le point commun était la reconnaissance que les accords existants ne suffisent pas face aux défis à venir. 

Ce constat encourage une recherche plus large de nouvelles formes d’architecture régionales. Les discussions autour d’une coopération multilatérale plus étroite entre des pays comme l’Inde, l’Indonésie et l’Australie témoignent d’une prise de conscience croissante du fait que la région ne peut se reposer uniquement sur des cadres conçus pour un environnement stratégique différent. Nous avons dépassé le stade du débat sur l’évolution de l’ordre international et devons désormais nous concentrer sur la capacité des institutions et des partenariats à s’adapter et à suivre le rythme. 

Le temps est peut-être la variable la plus importante. Comme l’a souligné James Paterson, ministre de la Défense de l’opposition australienne, lors de la conférence, la seule ressource plus rare que l’argent en matière de défense est le temps. Cette observation vaut également pour la stratégie. Instaurer la confiance, bâtir des institutions et instaurer des habitudes de coopération prend des années, tandis que des chocs stratégiques peuvent survenir en quelques semaines ou quelques mois. 

La question cruciale qui se pose aujourd’hui à l’Indo-Pacifique est celle de l’avenir. Les États de la région reconnaissent de plus en plus qu’ils ne peuvent plus attendre d’avoir des certitudes avant d’agir. L’architecture future de l’Indo-Pacifique sera façonnée par ceux qui sont prêts à construire une coopération concrète dès maintenant, et non par ceux qui attendent une amélioration de la conjoncture stratégique.

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